Acte II
SCENE IV
Une femme assise sur une chaise, un téléphone à la main. À côté d’elle, un homme (celui de la scène sur l’extermination des animaux) et un petit garçon. Tous semblent assez nerveux.
LA FEMME, à l’homme
Ils m’ont mise en attente.
L’HOMME
Oublie pas de dire que c’est de la part de Pierre.
LA FEMME, excédée
Oui, ho ! Mais si tu veux, passe-le toi-même ce coup de fil !
Elle lui tend le téléphone.
L’HOMME, énervé
Mais non, mais non ! Il faut toujours que tu t’énerves pour rien.
L’ENFANT, les larmes aux yeux
Oh non, s’il vous plaît, vous engueulez pas !
LA FEMME, montrant l’enfant
Tu vois ce que tu as fait !
L’HOMME
C’est toujours de ma faute !
LA FEMME
Ça suffit ! Tu dis encore un mot et je te quitte pour de bon !S’il ne me reste que quelques semaines à vivre, je peux te dire que je ne vais pas me faire chier avec un connard qui me dit tout ce que je dois faire et qui trouve toujours le moyen de me critiquer alors qu’il n’en fout pas une !
L’HOMME
Hélène ! Je t’en prie, pas devant le gosse !
L’ENFANT, pleurant
Mais arrêtez, heu !
LA FEMME, à l’enfant
Viens là mon chéri, viens voir Maman. Papa et Maman sont tendus parce que c’est la fin du monde mon amour. Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne s’aiment pas, tu sais.
Viens là mon chéri, viens voir Maman. Papa et Maman sont tendus parce que c’est la fin du monde mon amour. Mais ça ne veut pas dire qu’ils ne s’aiment pas, tu sais.
L’HOMME
Tu parles !
LA FEMME
Allô ! Oui ! Je suis là, vous m’entendez ? Bonjour madame. Je suis bien à Bâtistock ?
Allô ! Oui ! Je suis là, vous m’entendez ? Bonjour madame. Je suis bien à Bâtistock ?
L’HOMME
Dis-lui bien que tu appelles de la part de Pierre.
LA FEMME
Tais-toi, laisse-moi faire ou je raccroche !
Allô ? Allô. Excusez-moi, je parlais à mon mari. Voilà. Je vous appelle de la part de Pierre Stringcaw qui est un très bon ami de mon mari... Nous voudrions faire démonter notre maison.(un temps) Eh bien le plus tôt possible, bien sûr !(un temps) Ah, non, non, avant la Destruction, bien entendu ! (un temps) On voudrait la stocker pendant quelques semaines ou quelques mois. (un temps)
Allô ? Allô. Excusez-moi, je parlais à mon mari. Voilà. Je vous appelle de la part de Pierre Stringcaw qui est un très bon ami de mon mari... Nous voudrions faire démonter notre maison.(un temps) Eh bien le plus tôt possible, bien sûr !(un temps) Ah, non, non, avant la Destruction, bien entendu ! (un temps) On voudrait la stocker pendant quelques semaines ou quelques mois. (un temps)
à l’homme
On la fait remonter ici après ?
L’homme hoche la tête.Oui, au même endroit, oui. (un temps) Oui, je comprends, oui.
à l’homme
Leur agenda est déjà plein.
L’HOMME
Dis-lui que c’est de la part de Pierre.
La femme se tourne de l’autre côté.
LA FEMME
C’est que Pierre nous a dit qu’il y aurait une possibilité, peut-être, si on payait en liquide.(un temps) Voilà, oui. (un temps) Non, non, une toute petite maison. (un temps) Quatre-vingt mètres carrés. En pierre.
C’est que Pierre nous a dit qu’il y aurait une possibilité, peut-être, si on payait en liquide.(un temps) Voilà, oui. (un temps) Non, non, une toute petite maison. (un temps) Quatre-vingt mètres carrés. En pierre.
Vous avez une idée de ce que ça coûterait ? (un temps) Même à peu près, pour nous faire une idée ? (un temps)
Elle se tourne vers l’homme. Main sur le combiné.
Cent vingt mille !
au téléphone
Non, non. Il faut bien que chacun gagne sa vie... (un temps) Naturellement. (un temps) La demande, oui, bien sûr, bien sûr.
Elle interroge son mari des yeux.
Il ne répond pas.
Euh. Ça devrait être possible, j’imagine.Quand est-ce que vous pouvez venir pour faire le devis ? (un temps) Jeudi à 19h30 ?
Euh. Ça devrait être possible, j’imagine.Quand est-ce que vous pouvez venir pour faire le devis ? (un temps) Jeudi à 19h30 ?
Elle interroge son mari des yeux.
Il hausse les épaules.
D’accord, oui. Jeudi, c’est parfait. (un temps) Belcourd. Avec un D à la fin. Alors, on est à côté de Perpignan. (un temps) Ah, par email, oui, bien sûr, tout à fait, on vous l’envoie dès ce soir. Très bien. Merci beaucoup d’avoir trouvé un créneau. (un temps) Merci encore. À très bientôt alors. Au revoir madame.
D’accord, oui. Jeudi, c’est parfait. (un temps) Belcourd. Avec un D à la fin. Alors, on est à côté de Perpignan. (un temps) Ah, par email, oui, bien sûr, tout à fait, on vous l’envoie dès ce soir. Très bien. Merci beaucoup d’avoir trouvé un créneau. (un temps) Merci encore. À très bientôt alors. Au revoir madame.
L’HOMME, furieux
Cent vingt mille !
T’es tombée sur la tête ?
Où tu veux qu’on trouve une somme pareille ?
LA FEMME
C’est pas moi, c’est elle qui a dit ça.
L’HOMME
Tu aurais dû négocier !
LA FEMME
Mais tu as entendu, ils ont tellement de demandes qu’il n’y avait pas moyen. Et puis elle disait ça comme ça ! Ils n’ont même pas encore vu la maison. Tu n’auras qu’à négocier jeudi, toi, si tu es si fort !
Mais tu as entendu, ils ont tellement de demandes qu’il n’y avait pas moyen. Et puis elle disait ça comme ça ! Ils n’ont même pas encore vu la maison. Tu n’auras qu’à négocier jeudi, toi, si tu es si fort !
L’HOMME
C’est ça, c’est encore moi qui vais faire le sale boulot ! Tu manques pas d’air ! Stéphane doit se coltiner le ramassage des poulets pour payer le crédit, Stéphane doit aller chercher Jérémie à l’école, Stéphane doit...
C’est ça, c’est encore moi qui vais faire le sale boulot ! Tu manques pas d’air ! Stéphane doit se coltiner le ramassage des poulets pour payer le crédit, Stéphane doit aller chercher Jérémie à l’école, Stéphane doit...
L’ENFANT
S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît !
Noir.