Arthur, tu t'appeleras Arthur, mon fils

(extrait)

SCÈNE I
Cuisine, jour. La pendule indique neuf heures. Arthur, Médée.

ARTHUR, debout sur une chaise devant la fenêtre, tient une orange
Ça sent bon les fleurs blanches.

MÉDÉE, assise à la table
(à elle-même) Il me raconte quoi ?
(à Arthur) Qu’est-ce que tu dis, mon chéri ? Qu’est-ce que tu dis. Les fleurs sont blanches, Arthur. Tu t’appelleras Arthur, mon fils, oui, oui. Comme le roi. J’amène des fruits tout à l’heure pour te réveiller. Pour les presser sur toi, tu veux boire le jus ? Tu sens comme ça sent, ce lilas, de l’autre côté de la route ? Tu veux des fruits ?
(à elle-même) Qu’est-ce qu’il dit ?
(à Arthur) Qu’est-ce que tu dis, mon chéri ? Mange, je t’apporte des agrumes et des épices. Viens, je répands cette poudre jaune dans tes cheveux.

Elle verse sur l’enfant une pincée de safran. Elle tend les bras, il s’y blottit.

ARTHUR
Tu me l’épluches, l’orange, Maman ?

Médée se lève, va à l’évier. Lave un bol. Le remplit d’eau, le pose par terre.

MÉDÉE
Bois, mon enfant, c’est de l’eau pour toi.

Elle lui caresse les cheveux, des cheveux fins de bébé, et son fils marche à quatre pattes jusqu’à l’écuelle.

MÉDÉE
Tu vois comme c’est bon.

Elle s’accroupit près de lui. Elle s’appuie sur les mains, et penchée en avant, lape l’eau du bol.

ARTHUR, les cheveux pleins de poussière jaune
Tu es gentille Maman, tu as quel âge ?
Et c’est quand qu’on se mariera ?

MÉDÉE
Qu’est-ce que tu dis ? (Elle porte les mains à son ventre.) Tu me fais mal, Arthur !

Médée, se tenant le ventre, lape encore l’eau.

ARTHUR
C’est bon, Maman, ce que tu bois.

Médée se lève, ouvre le frigo. Elle prend un petit fromage de chèvre enrobé de poivre.

MÉDÉE
Arthur, c’est du beurre pour toi, mange pour te nourrir, c’est du beurre que je te donne pour que tu sois un peu gras, pour que tu aies l’air d’un enfant sain. Tu aimes le beurre, mon fils ?

Elle presse le fromage entre ses mains, le jette à la poubelle, se passe les mains sous l’eau, se rassied.

MÉDÉE
Quand tu seras mon fils, Arthur, tu t’appelleras Arthur. Tu seras un bel enfant sain. Avec une petite couronne en or.

Elle ébouriffe les cheveux de l’enfant. La poussière de safran se répand sur le carrelage.

ARTHUR
Tu es ma maman.

MÉDÉE
Mhm ? Qu’est-ce que tu dis ? Dors, mon titou, maman doit faire les courses.

Médée attrape l’enfant sous les aisselles, le soulève et l’assied sur la table ronde.

MÉDÉE
Couche-toi, Arthur, et dors.

Arthur se couche, sur le dos, raide comme un mort. Il ferme les yeux. Médée, les mains sur son ventre gonflé, sort.